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Le blog de audeladesetoiles.com

Découvrir ou partager le bonheur du chemin de St Jacques depuis Marseille par mes photos, films et conférences.

Dampierre

 2ème épisode : Dampierre sur Salon 

 Retour au 1er Episode 

le Paquebot: le Kairouan

   Le paquebot Kairouan

Et puis ce fut le départ !!

La nuit fut longue dans la cale du "Kairouan" qui nous éloignait de notre terre natale. La chaleur, les odeurs de sueurs mêlées à celles des embruns marins m'obligeaient à revivre les dernières heures passées.
Sur le quai de la gare d'Orléansville les adieux furent émouvants. Par ce début d'été 1951 le petit vent brûlant nous faisait lui aussi ses adieux. Quelques temps avant nous avions pris en taxi la direction de la gare. Nous étions tristes de laisser Maman et Roland. En effet une sombre difficulté de liquidation commerciale nous empêchait d'être tous du voyage. Ce devait être rapidement liquidé mais nous le verrons par la suite
, la longue procédure me permit toutefois de revenir sur ces lieux que je croyais abandonnés à jamais...Dans le train "l'Inox" qui nous emmenait à Alger, nous avons regardé ensemble défiler les endroits qui nous avaient tant enchantés. Ce fut tout d'abord les environs de l'Orangeraie et les bois alentours où nous ramassions en saison les asperges sauvages, puis Pontéba et la Ferme, en contrebas dans cette plaine qui avait résonné de nos éclats de rires en famille,Oued-Foda en rasant la maison de tata Thérèse et ma petite cousine chérie!!

Et puis le paysage est devenu quelconque à nos yeux. Alors Gisèle et moi sommes allongés sur la banquette du compartiment pour sombrer dans un sommeil agité...

... La gare maritime d'Alger grouillait de monde. Les dockers s'agitaient dans tous les sens en s'énervant de la lenteur des autres employés. Des ordres montaient de tous les coins par dessus nos oreilles pour indiquer aux passagers la marche à suivre. Des femmes et des hommes transportaient de lourds ballots sur leurs épaules pour finalement s'engloutir dans le monstre blanc solidement amarré au quai par d'énormes cordages.

Mon père s'était déjà renseigné et nous le suivions tous très impressionnés par toute cette agitation. Gisèle et moi nous tenions la main surveillés de très près par notre sœur aînée maintenant désignée comme maman d'adoption.

Je sentais bien que, fière de cette nouvelle responsabilité, elle n'en demeurait pas moins amère. En effet son "chéri" restait ici sur cette terre qui allait s’éloigner de plus en plus et malgré la promesse de mariage elle devait accomplir une dernière fois, mais pour quelques trop longs mois son rôle de maman avec deux petits monstres qui ne se supportaient qu'à l'occasion !

Puis nous nous sommes retrouvés avec le reste des passagers sur le pont du navire à observer les manœuvres des autorités. La dernière attache libérée nous sépara définitivement de la terre. Tout ce que nous voyions devenait du passé. Le quai s'éloignait lentement et la mer nous happait.

Dans le jour déclinant, les maisons blanches de la Capitale nous faisaient leurs adieux. Nous regardions ce spectacle flamboyant quand notre père nous secoua vivement.Il venait de dénicher un coin tranquille dans la cale inférieure et nous devions faire vite avant qu'elle ne fût prise.

Après une collation sortie du sac, le sommeil commença à nous gagner.

Les premières heures d'épuisement passées, le ronronnement des machines, le choc des vagues contre la coque et les propos de quelques passagers eurent gain de cause sur notre sommeil. Gisèle et moi nous extirpèrent de notre couverture pour aller visiter quelques recoins du paquebot.

Nous n'osions aller trop loin, tant ce monde de bruit et de silence à la fois nous impressionnait. En montant une passerelle nous débouchâmes sur ce qui devait être le pont principal et sur lequel nous avions passé un bout de l'après midi.

Nous fûmes surpris par une obscurité et une lumière blafarde. De violentes bourrasques de vent et le bruit assourdissant de la mer vainquirent notre courage et c'est en dévalant la coursive que nous réveillâmes notre sœur et qui ne manqua pas de nous sermonner pour notre inconscience!

Les premières lueurs du jour qui filtraient au travers d’un hublot, le bâillement d’un voyageur et son expression douloureuse d’une nuit trop courte, le gazouillis d’un bébé qui se transforme en vagissement pour réclamer sa première tétée, l’appel d’une mère discret puis exacerbé envers son  enfant, toute une cacophonie de sons divers qui montaient crescendo pour enfin réveiller toute une population grimaçante et moulue de douleurs que la position prolongée sur les chaises longue avait engourdi !

Après un petit déjeuner frugal, nous remontâmes sur le pont. Un attroupement de quelques personnes accompagné de petits cris d’admiration les attirèrent à l’avant du navire. Et là, en suivant des doigts pointés vers les flots, nous nous aperçûmes, sur un ballet de dauphins qui, précédant la proue du navire, fendait joyeusement l’eau transparente. Un peu plus à l’écart, d’autres congénères s’élançaient dans les airs pour retomber bruyamment dans l’écume des flots, sous les bravos des spectateurs.

Et plus tard dans la matinée, un voyageur s’écria :

France !... La France !

Le mot magique fut prononcé !... La Mère Patrie se dévoilait à travers une brume matinale qui, au fur et à mesure de l’approche du continent, se déchirait pour leur faire découvrir une côte qui leur semblait familière, tant la similitude avec celle que nous avions quittée était grande. Avions nous réellement quitté notre pays ?

Ce n’est que lorsque le navire approcha de la rade phocéenne que nous primes conscience du changement. Nous croisâmes une ile que certains appelaient le Frioul suivie d’une seconde dénommée Le Château d’If. Enfin, avec d’infinies précautions, le fier et immense cygne blanc s’engagea dans son port d’accueil.

Plus tard, les quais de la Joliette accueillirent toute une foule chargée de ballots, de sacs, de valises et qui s’égaillait ensuite dans la ville qui l’engloutissait.

Nous nous regardâmes un instant médusés, d’une manière étrange, avec le sentiment d’ouvrir ensemble une nouvelle porte, vers un futur inconnu, mais aussi vers de nouvelles aventures qui, pour moi-même, promettaient d’être palpitantes !     

                                  *********

Voyage jusqu'en Franche Comté des années 50 

Un vacarme assourdissant envahissait la grande verrière de la Gare St Charles. Mon père nous avait demandé de l’attendre en début de quai, pendant qu’il se renseignait sur le trajet qui les emmènerait vers le nord.

Des haut-parleurs annonçaient des horaires et des destinations ponctués par des sifflements de chefs de gare que venait couvrir le bruit strident des dégagements brutaux de lâchers de vapeur des différents monstres à mécanique. Partout, des ordres de bagagistes, des interpellations de voyageurs, des cris d’enfants apeurés, des chocs métalliques. Tout un brouhaha d’une vie trépidante. Nous nous installâmes dans un des compartiments numérotés. Celui-ci était composé de deux banquettes face à face et d’un porte-bagages sur lequel notre père hissa les valises. Entre les deux, un miroir à mi-hauteur et des cadres illustrant des paysages métropolitains.

Le haut-parleur annonça leur départ :

— Attention, attention ! Le train n° 592, en partance pour Avignon, Montélimar, Valence et Lyon Perrache va partir… en voiture s’il vous plait !!...

Puis un long coup de sifflet, et quelques instants après, le train s’ébranla lentement provoquant une secousse du wagon. Gisèle et moi nous précipitâmes  à la fenêtre. A l’avant, la locomotive s’époumonait à tirer ce long convoi. Penchés par-dessus la vitre, nous n’avions pas anticipé, un peu plus loin le tunnel qui nous rabattit en pleine figure les escarbilles et la fumée noire de la machine. Les visages bronzés que nous présentâmes firent éclater de rires tous les voyageurs du compartiment !

La suite du voyage se poursuivit normalement. A Lyon, le train stationna un long moment pour attendre les autres correspondances. Après une collation sortie du sac, ce fut : Villefranche-sur-Saône, Macon, Tournus, Châlons-sur-Saône, Beaune et enfin Dijon que nous atteignîmes en fin d’après-midi. Sans tarder, nous sortîmes de la gare bourguignonne où un autocar nous attendait pour arriver en début de soirée, à Gray le but final de cette journée. Là, une relation de notre père nous accueillit pour nous mener à un petit hôtel pour la nuit. Complètement exténués, nous sombrâmes tous dans un très profond sommeil.

Arrivée à Gray 

Dès mon réveil, je me  précipitai à la fenêtre pour découvrir ce nouveau pays ! Le panorama s’ouvrit sous un soleil radieux avec, en premier plan, une écluse occupée par une péniche. En second plan, une large étendue d’eau retenue par un déversoir, barrait le fleuve Saône et sur laquelle un ballet de cygnes blancs évoluait gracieusement. Sur la gauche, les arches d’un pont menaient à une rotonde entourée de bâtiments aux toits rouge. En surplomb une église au clocher bulbeux dominait la vallée et donnait une identité particulière à ce paysage. Il apprit, par la suite que ce clocher de Notre-Dame-de-Gray était en réparation suite aux bombardements de la dernière guerre. Dans l’après-midi, nous primes un autocar qui nous amena enfin à notre destination finale : 

 

   Dampierre sur salon !

 

Des lieux charmants, anecdotes à raconter (Le Pont de bois, la Charme, la côte Renverse, la plage d'Autet, Le 2ème pont, le Bosquet ... Les artisans etc... des personnages; la Nannie, le Nicolas, le Tutulle  Totor ... etc... Ch. Couyba le bois de la Marquise, l'abbé Hugues, scoutisme  etc...

 

Découverte du village 

Ce village et ses habitants ont enrichi mon adolescence et c’est toujours avec bonheur qu’ aujourd’hui encore, j'aime y retourner pour revivre avec émotions toutes les belles aventures qui ont bercé cette période.

Les regards envieux de ceux que nous avions laissés, les images bucoliques distribuées, l’Hôtel du Soleil d’Or des Goya qui fut notre premier hébergement avant l’intégration dans notre nouvelle maison, m'encourageaient à la découverte de ce nouveau monde. Je mis tous mes sens en éveil pour happer toutes ces nouvelles végétations, ces nouvelles odeurs et saveurs, ces nouveaux visages. Un peu comme l’enfant qui vient de naître, j'écarquillai les yeux. Tout était mieux qu’avant ! Là, des fraises rouges qui poussaient partout même dans les bois, ici des vaches blanches et rousses revenant des près en occupant toute la route, là-bas des canards sauvages barbotant sur les bords de l’eau au milieu des roseaux... L’abondance des arbres fruitiers le long des routes, donnaient selon la saison : cerises, pommes, poires à portée de main. Toute la nature semblait m' appartenir. A peine arrivé, j'étais déjà amoureux de ce pays !

En amont du Salon celui-ci se partage en deux créant ainsi une île dans laquelle le village occupe une partie dont l'église et l'entreprise métallurgique Brisard puis sa plus grosse partie s'étale sur la rive gauche jusque vers une hauteur et de chaque côté un pont relie ces parties.

Le village dominait au nord le reste de cette bourgade, située principalement en adret où s’écoule, depuis l’ouest, la rivière le Salon et baigne le reste des habitations avant d’aller grossir quelques kilomètres plus loin la rivière Saône. Une population essentiellement rurale à une époque où le mugissement des vaches, le caquètement des poules, l’aboiement de quelques chiens, le cri des paysans emplissaient tout l’espace d’une voierie non encore dominée par le monstre automobile. Le centre du village qui constituait la partie basse, abritait quelques commerces et artisans divers et c’est dans cet espace, au 70 rue Carnot, que se situait le salon de coiffure de notre père ainsi que notre nouveau lieu de vie qui allait durer une bonne douzaine d’années.

Les premières semaines de notre arrivée furent consacrées à notre installation : mon père assurant les sujets pratiques et manuels, ma petite sœur et moi pour lui servir de soutien, tandis que l’aînée assurait l’intendance et le ménage… Et puis tout doucement ce petit monde trouva ses marques et ses futurs rêves à entretenir…

Le jour de la rentrée, l’école communale vécut une petite révolution. La jeune population, poussée par la curiosité, allait enfin faire connaissance de ce petit français d’Afrique !

Avec une certaine solennité le directeur de l’école des garçons, rassembla l’ensemble des deux classes « petits et grands » pour me présenter.

— Nous sommes heureux de compter parmi nous un petit camarade qui vient d’un pays très lointain. Il vient d’Algérie et ses parents sont les nouveaux coiffeurs de notre village. Je vous demande de l’aider du mieux que vous pourrez afin qu’il se sente bien chez nous.

Puis dans un silence complet, les bras sagement croisés sur les blouses grises ou noires, comme dans toutes les écoles de France, les deux groupes suivirent leurs maîtres dans leur classe respective.

A la récré, un petit attroupement s’agglutina autour de moi, certains les yeux ronds, interrogeant sur ce mystérieux pays :

— Vous viviez comment là-bas ?...

— Ben, en Afrique, c’est dans des gourbis ! S’empressa d’informer son voisin.

— Oui, et là-bas y’a plein de bicots !! affirmait celui d’à côté.

Tandis que d’autres s’inquiétaient de savoir s’il y avait des lions, des singes ou des girafes dans les rues; si ils avaient des fouets pour les bicots !! Enfin, une avalanche de questions ou d’affirmations qui m’empêchaient de répondre. Je jugeai que cela méritait une plus grande réflexion, surtout pour des gens qui vivaient encore sans tout-à-l’égout et des toilettes au fond du jardin! Curieusement, je ne leur en voulais pas de leur ignorance mais pressentis que cela demanderait du temps pour les convaincre …

Mon premier copain s'appelait Bernard, Bernard Galdin qui dès le début avait ressenti ma gêne face aux remarques et moqueries de nos camarades. Son regard doux calmait un peu ma colère et mon impuissance. Il restait curieusement d'un calme surprenant avec un subtil sourire permanent. Alors il m'encouragea à nous assoir sur le seul banc en pierre . Il y traça un carré avec des  quelques feuilles fraiches du noisetier qui penchait ses branches près de nous.  et traça un carré, y traça les médianes et diagonales et c'est ainsi que j'appris à jouer au "carré" en devant aligner soit les 3 petits cailloux ou bûchette pour gagner !

Mais voilà Bernard avait une santé fragile et je crois qu'il avait une faiblesse cardiaque. Tout le monde était à ses petits soins. Madame Lachaux, notre maîtresse veillait particulièrement sur lui. 

Je garde encore un souvenir bucolique de ces temps de l’école communale où le couple d’enseignants laissait le temps au temps. L’enseignement général était assuré, enveloppé de douceur, de décontraction, de longues récréations ou de merveilleuses balades à pieds dans la campagne. Et quand l’une ou l’autre était impossible, le maître allait décrocher au mur un violon et toute la classe entonnait, sous sa conduite, des chansons populaires d’autrefois. C’est peut-être depuis cette époque que je trouve plus d’intérêt dans la nature, le sport , la poésie ou la chansonnette que dans les mathématiques !

En effet, je préférais les heures passées avec mes nouveaux camarades dans les bois à la recherche d’un nid de pies, de geais ou de corbeaux que je m’évertuais ensuite à élever à la maison au grand dam de mes deux sœurs.

Le Jo, comme dit en Franche Comté, était mon voisin immédiat et nous passions des heures entières à jouer au Mecano, les voitures Dinkitoy et plus tard, mon train électrique. 

Nous participions auprès des paysans, les Genin, les Debelmanière, les Lambert et d'autres au rythme des saisons, à la confection de botte de foin ou de paille, à l’arrachage des betteraves et qui se terminaient immanquablement, dans une grange aménagée avec des tréteaux, pour un goûter pantagruélique où trônaient pêle-mêle : tartes, biscuits, fruits, tranches d’énormes miches de pain, accompagnées de succulentes confitures, de mottes de beurre et de pots de miel local.

A ce sujet, notre instituteur possédait, en retrait de la cour d'école, un jardin qui servait de laboratoire à leçons de choses qu’on appelle aujourd’hui pompeusement « science, vie, nature ». Un peu sur le côté, au fond de ce paradis, quatre ruches abritaient des nuées d’abeilles qui fabriquaient de l’or ! Non loin de là, de grands acacias leur servaient de garde-manger et pendant des heures et des jours durant, après des centaines de milliers d’aller-retour, elles confectionnaient un nectar transparent, tendre, soyeux : un délicieux miel blond ! Je revois encore notre maître extirper d’une centrifugeuse manuelle ce liquide dont je suis resté friand et qui lorsque je le déguste encore aujourd’hui, me font remonter les parfums d’une riche nature, les rires et les bonheurs de joies simples. Toutes les explications de notre maître ont certainement contribué à l’admiration que je voue encore aujourd’hui, à ces insectes et au symbole de travail et de patience qu’ils représentent.

 

Des Lieux 

Le Bosquet

Le Pont de Bois

La plage d'Autet

Le Bois de la Marquise

La carrière du Père Reboul

Aventure à la carrière Bai Dino

 

 

Le Bosquet: 

Au milieu du village, un refuge pour tout ceux qui recherche le calme et le repos... Dans cet espace arboré, les enfants peuvent s'égayer en sécurité sous l'œil attentif de leurs parents. 

Encadré par le monument aux morts, les statues de la Vierge Marie, celle de la République et l'imposante représentation de Charles Couyba, un illustre personnage du siècle dernier, le Bosquet est un lieu de paix et de rencontres où, à l'occasion,  les saltimbanques, les baraques foraines apportaient leur jeux et leur distraction tandis qu'un bal monté dirigé depuis de très longues années par l'orchestre de la famille Perchet originaire d'Autet et qui ont permis, par leurs mélodies la rencontre de générations d' amoureux !

Tous les 14 juillet l'équipe municipale organisait des attractions pour la jeunesse qui pour certains, les mains dans le dos devaient décoller avec les dents une belle pièce de monnaie fixées au dos de poêles grassement noircies avant d'en acquérir la propriété ! D'autres devaient s'affronter dans une course à pied. C'est à l'une d'elles que j'ai réservé une défaite cuisante à mon harceleur Daniel Quirici qui avec son complice Jean Marie Festinger, ne manquait jamais de me provoquer !  Une victoire qui m'assura une paix relative même lorsque nos familles se plaisaient à des rencontres amicales... Heureusement Michel, son frère et sa sœur Nicole m'apportaient tout leur soutien ! 

Le Pont de Bois : 

A l'est du village, en remontant le chemin du Désert après avoir dépasser les premiers bâtiments de l'entreprise métallurgique Waltefaugle, longer un élevage de visons, un pont métallique enjambait une des branches du Salon qui s'engouffrait en dessous par un déversoir qui nous servait de plateforme tandis que la rambarde supérieure faisait office de plongeoir ! 

Cette branche du Salon s'étalait largement sur un espace boisait qui nous servait de jungle et une petite plage de graviers servait de refuge aux mamans pour surveiller les plus petits. 

Un endroit magique pour acquérir auprès des plus grands des premières leçons de natation. 

 

La plage d'Autet

Mais une autre station balnéaire nous attirait. Il fallait alors prendre la route d'Autet, traverser la bourgade pour aller rejoindre au bout du chemin d'une vaste prairie, une superbe plage arrosée par la Saône! 

Le lieu ......

Le Bois de la Marquise

En haut de la côte renverse, sur la route de Vereux, un chemin sur la droite menait à un autre lieu plein de découvertes; plein d'oiseaux à dénicher jusqu'aux maisons de la Marquise qui servait, à l'époque de refuge aux chasseurs. 

Mais ce qui m'a le plus souvent mener jusque là, c'était un travail qui me plaisait. En effet, la municipalité proposait aux habitants des lots pour abattre des arbres sélectionnés afin d'affronter ,par un bon chauffage, les attaques de l'hiver prochain. Affecté à l'éclaircissement d'arbustes et à couper à la scie des buches, je pouvais observer l'aisance du bûcheron qui avec l'aide de mon père, abattait à la hache les arbres désignés et autorisés. 

Après avoir charger un charriot tiré par la mule de l'ouvrier, nous rentrions lentement jusqu'à la maison. Nous y déposions le bois qui, une fois séché et fendu, serait stocké dans la cave. 

Mais le bois de la Marquise produisait un autre trésor. En effet fin Avril, début Mai nous y venions cueillir des bouffées  de senteurs. De merveilleuses petites clochettes blanches qui dégageaient un parfum si léger et si délicat: le muguet ! Ce beau muguet qui savait embaumer dans le printemps naissant les pièces de la maison.

Quand la récolte était abondante, nous proposions quelques petits bouquets aux automobilistes contre quelques pièces qui iraient alimenter plus tard les parties de baby-foot du café du Soleil d'Or ! 

 

La carrière du Père Reboul et le Tacot 

"Un lieu d'aventures dans le village"...

...En effet, pas besoin d'aller bien loin pour se retrouver au bout du monde. a droite du café Galdin, un petit bout de chemin bordé de platanes, une montée un peu raide et puis on retrouvait dans un lieu hors du temps, isolé ou la roche rouge d'une carrière abandonnée nous transportait dans un autre monde.  Des failles pour cachettes à aménager, plus loin des grands arbres où de grosses branches pouvaient supporter des cabanes construites, suspendues, idéales pour surveiller des passages inopinés ou pour une détente entre copains...

Des heures consacrées à la détente ou à l'échange de projets... 

Sur le retours une visite à l'ancienne gare du tacot où quelques véhicules désaffectés nous faisaient encore rêver... 

Aventure à la carrière de Bai Dino

En haut du village un chemin sur la gauche nous conduisait à une autre carrière qui était le lieu privilégier aux confrontement des indiens et des Cow-boys ! 

   Des personnages 

 

Trois grands personnages dominaient la vie de Dampierre : le maire, bien sûr, mais plus encore, avec une certaine égalité complice ou rivale, le maître d’école et le curé ! Les vieux étaient le domaine du maire tandis que les enfants étaient partagés entre les deux autres autorités.

Le jeudi matin Sœur Jean, notre Super Nannie de l’époque, nous prodiguait, depuis la cure voisine avec l’Abbé Hugues, l’enseignement du catéchisme en nous faisant réciter les prières nous préparant ainsi à notre communion solennelle.

 

Tout ce petit monde participait à toutes les commémorations nationales, devant le monument aux Morts pour chanter la Marseillaise, sous la baguette du Directeur d’école, l’œil attentif de Monsieur le Curé et… supervisé par Monsieur le Maire du village !

Don Camillo

Un autre événement qui marquera longtemps ma vie s’est déroulé un beau matin peu de temps après notre arrivée. Alors que je portai une planche de bois à mon père pour réparer un morceau de sol, dans le couloir qui donnait sur une grande pièce destinée au futur salon de coiffure, des pas lourds montèrent les trois marches d’accès à notre maison et nous firent sursauter. Une poussée sur la porte laissa apparaître un géant noir de deux mètres encadrant toute l’ouverture mais qui, contrairement aux apparences, me parut plutôt sympathique avec son visage ouvert et rieur coiffé d’une barrette bien posée sur des cheveux blancs.

— Bonjour mon Grand ! … Je suis bien chez les nouveaux arrivants de notre village ?

— Heu… ben… balbutias je, tout de même impressionné par la carrure du personnage…

— Ton papa ou ta maman est là ? …

— Qui est ce ? lança mon père à travers la cloison.

— C’est …un monsieur…un Monsieur l’curé !!!

Immédiatement mon père arriva, salua le visiteur en s’excusant de le recevoir ainsi en plein chantier.

— Que me vaut votre visite… mon Père ?

— Abbé Hugues, prêtre de la paroisse, pour vous saluer dit-il en soulevant légèrement sa toque …Je n’ai pu le faire depuis votre arrivée et vous m’en excuserez. Ensuite, j’ai remarqué votre présence à la messe dimanche dernier et me suis réjouis de constater une belle famille chrétienne. Sans la Maman apparemment… ??

Et mon père de lui expliquer les raisons de l’absence de notre mère ainsi que celle du fils cadet Roland retenus encore en Algérie afin de régler leur affaire commerciale. Tout en abrégeant sa visite, le prêtre nous invita à la prochaine messe dominicale et au verre de l’amitié qui était prévu ensuite afin de préparer la kermesse prochaine.

Cette visite fut le départ d’une relation affective et très chrétienne qui durera fort tout le temps de notre présence à Dampierre.

Ce prêtre était un personnage avec lequel j'eus des rapports de grandes complicités. Il m'accorda sa confiance et j'aurai l'occasion de vous narrer de merveilleuses aventures grâce au scoutisme qu'il sut nous enseigner. 

Tout au long du sacerdoce qu'il accomplit à Dampierre, l'abbé Hugues se dévoua à fond pour la jeunesse locale. Il était apprécié de tous. approchant les deux mètres, il fut affublé de quelques surnoms tel que: "le géant" ou bien "Papa pain long "! D'une générosité exceptionnelle, il venait en aide à de nombreuses personnes et dans les toutes premières années de notre arrivée, nous avons bénéficier de son aide et nous lui en avons garder une profonde gratitude.

D'ailleurs, plus tard, après sa mutation à Langres, nous lui avons rendu souvent visite et soutenu dans la mission qu'il avait engagée avec une ville du Québec...

...Très vite donc, tant parents qu’enfants, avons réussi à nous intégrer dans cette ambiance rurale très profonde. En quelques mois mon père acquit une réputation professionnelle qui lui attira une population des villages environnants. De son côté, Gisèle, ma sœur, se trouva chez la voisine, « une Tata » d’adoption qui, par la suite devint un peu notre confidente. Madame Guyot. Il faut dire que nos autres parents étaient si loin à présent .

Quant à moi, je n’eus que l’embarras du choix. Fafou, Dodoche, Titi, Jo, Mino, Souris entre autres, étaient tous des fervents adeptes d’aventures dans le Salon, au lieu-dit le Pont de Bois dénommé ainsi malgré sa structure métallique, de cavalcades dans le chemin du tacot, ou de construction de cabanes dans la carrière du Père Reboul ou sur l'ancien tracé du tacot jusqu'à la ferme d'Asnières à la recherche de fraises, cerises sauvages avec Jo Mongin ou Fafou et son cousin Claude. Des lieux d’inspirations pour des indiens et des cow-boys en herbe ! Les escapades dans les bois nous transformaient en éclaireurs ou en trappeurs canadiens, à dénicher quelque geai, pie ou corbeau que nous essayions en vain de domestiquer.

Au premier pont, nous nous retrouvions pour pêcher le goujon ou le vairon, quelque fois en fraudant avec une bouteille transformée en piège mais avec la hantise de voir arriver un képi bleu sur le parapet et tenter de nous prendre sur le  fait ! Ce jeu de cache-cache nous faisait trembler mais quel excitation ! 

La générosité de ce prêtre ne s'arrêtait pas là. Seul héritier de parents paysans aisés à Corgirnon (Haute Marne), il faisait bénéficier les habitants de ses largesses. C'est ainsi qu'il organisait régulièrement des voyages en autocar dans les régions environnantes. Je me souviens d'une de sortie jusqu'à Domrémy, le village de Jeanne d'Arc et un retour avec des jonquilles cueillis à Gérarmer.

Le cinéma du village avait été créé par notre curé, avec ses propres deniers et le bâtiment porte toujours son nom en reconnaissance des paroissiens. L'abbé Hugues !

... Puisque j'en suis à parler d'un personnage pittoresque, je ne peux manquer de parler d'abord de Nannie ! 

La Nannie 

Bien plantée sur des jambes solides et vieille fille ou du moins c'est ainsi que je la percevais, elle était d'abord une fidèle de la paroisse et se distinguait à l'harmonium de l'église et formait avec Pierre Louvot un duo efficace à la chorale de la paroisse..

Elle avait également un rôle social. Sous la responsabilité de l'abbé Hugues dans une petite salle annexe du presbytère, du haut de son certificat d’étude, elle recevait, surveillait, conseillait les élèves, garçons et filles qui venaient faire leurs devoirs du soir. Ce qui n'était pas, apparemment du goût de notre instituteur ! Mais bon ça passait et ça rassurait les parents ....

Le Nicolas 

Son autre fonction était la distribution des tickets de cinéma. Elle distribuait les billets avec une infini précaution qu'elle confiait ensuite à son "collègue" Nicolas qui, lui-même s'attachait à faire respecter les places attribuées,  l'ordre et le silence pendant les séances !

Il servait aussi de sacristain et de sonneur de cloches et d'homme à tout faire pour son curé ! Son destin se termina tragiquement puisqu'il mourut dans l'incendie de sa maison !

Le Tutulle

Un personnage qui nous impressionnait s'appelait... non, je dirai qu'on appelait Le Tutulle. c'était le garde champêtre dont les fonctions municipales étaient diverses, allant de la surveillance du territoire, en passant par les annonces municipales dans tous quartiers du village au son du tambour, le secours à un incident quelconque ou bien la verbalisation à certains administrés...

Alors évidement il était autant désiré que craint. Sous son air bourru, il était bien apprécié par tous petits et plus grands.

 

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D'abord la période "Louveteaux"

Les jeudis après-midi étaient souvent occupés chez les Louveteaux. Encadrés par des « grandes » Annie Brisard et ... Chevalier tiens, j'ai oublié son prénom, nous parcourions la campagne ou les bois de « la Marquise », suivions avec envie les préparatifs au camp des plus grands: les Scouts sous la tutelle de M. le Curé qui était fier de sa jeunesse ! Mais, malgré notre impatience, il nous faudrait attendre que nos dents de louveteaux s’aiguisent un peu plus !

Le Scoutisme

Grâce à notre bienfaiteur, la logique nous conduisait à la Troupe Hugues. Evidement je retrouvais tous les copains Pierrot Chevalier, Fafou, Claude et Jean Pierre Louvot, Jo Mongin, Titi Bai, Jean Yves, les frères Logette, Jean Marie Pirolley, Bernard Lambert, Jean Claude Torella... et Bernard Billotet  etc.. Enfin, toujours tous heureux de nous retrouver dans un autre cadre. 

Et ce cadre était de deux ordres. Le premier; l'activité physique par la marche, le portage et l'entretien du matériel. Le second: la spiritualité par une loi à appliquer, un idéal à entretenir, un besoin à la réflexion, à l'échange intellectuelle.

Tout cela se traduisait par la préparation de camps, la destination à atteindre à pied ou à bicyclette, l'installation sur les lieux et le partage avec d'autres en communion, empreint du même idéal d'esprit que la religion donnait une motivation supplémentaire.

Ici à Corgirnon (Abbé Hugues) Jean Yves, J.Claude Torella, Bernard Billotet, Georges Mongin et les deux de Velexon

A vélo sur la route de Vaite avec J.Marie Pirolley, Claude et Fafou Louvot

 

La promesse scoute:

 C'était notre objectif: être admis à la Promesse ! Il fallait bien sûr connaître les 10 articles de la loi, sa prière mais surtout une attitude exemplaire toute la saison. Et ça il fallait donc le mériter !!  Aussi nous mettions tout en œuvre pour mériter cet honneur de faire partie totalement de cette communauté afin de mettre à profit tout ce que cette loi nous donnait envie de pratiquer !

Quand Yves Genin me permit de prétendre à cette distinction, je mis tout mon cœur pour mériter cet honneur. Ma famille en fut même étonnée. Je devenais moins rebelle et plus prompt à obéir. Monsieur le Curé me voyait plus concentré...

Je revivrai encore longtemps cette fin de journée lors d'un camp au château de Vereux et cette promesse prononcée dans la soirée qu'éclairait un magnifique feu de camp face une assistance modeste mais combien importante.

Je rechante encore aujourd'hui cette promesse que j'aurais essayée d'appliquer quelques fois avec difficultés, toute ma vie.

" Je veux t'aimer sans cesse, de plus en plus. Protège ma Promesse, Seigneur Jésus "!! 

 

 

Dampierre
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Le servant de messe

 

 

Les Kermesses 

à suivre !! 

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Drame national

Quelques années plus tard, un événement vint pourtant troubler cette quiétude.

En 1956, l’affaire s’étala sur toutes les unes des quotidiens et tous les adultes s’inquiétèrent de la suite du drame:

« Tuerie en Algérie ! Macabre découverte à Palestro !... Une section entière de militaires prise dans une embuscade. »

Sans trop comprendre de ce lointain et méconnu département, la population sentait bien que ce qui semblait n’être qu’escarmouches sans grande importance pourrait bien se transformer en une guerre.

Evidemment, mes parents se sentant directement concernés, s’informaient par courrier, par télégramme ou parfois par téléphone des éventuelles conséquences sur place.

Après le drame du tremblement de terre d’Orléansville, qui avait épargné notre famille là-bas , une autre inquiétude, plus durable, allait nous préoccuper.

Quelle solution, quel personnage providentiel viendrait mettre un terme à ce qui semblait pour le moment, insoluble ?

L’insouciance se muait en angoisse… 

Retours

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